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Historique

Glânures historiques

Dans les premiers textes évoquant les moulins du Val-de-Ruz, le site de Bayerel n’est pas mentionné (1). Ainsi en est-il le 15 novembre 1351, date à laquelle on cite plusieurs emplacements sur le Seyon et sur la Sorge.

En revanche, le 29 avril 1416 (2), Richard Quinchi rend les comptes du moulin de Bayerel sous Guillaume d’Aarberg-Valangin. L’intéressé doit trente livres et quinze sous lausannois (3) pour la vente de blé et de deux porcs, ainsi qu’une redevance de deux livres (4) de cire qui entrent dans les comptes de la seigneurie.

On apprend à cette occasion que le moulin doit être reconstruit en pierre et couvert avant le 29 septembre de l’année courante. Le seigneur fournit le roc, la chaux et le sable et doit en outre refaire l’équipement et l’amenée d’eau, car Richard envisage d’édifier le moulin sur un autre emplacement plus convenable. Un plan tardif montre que la maison a été effectivement déplacée, on trouve la mention anciennement le moulin de Bayerel étoit icy.

La remarque des commissaires Girard date de 1695, et seulement sur les plans réservés à la communauté de Saules et non dans ceux qui seront déposés à Valangin (aujourd’hui conservés aux Archives de l’Etat).

Le moulin en état de marche rapporte neuf muids (5) de froment, à livrer au château de Valangin en quatre fois. Le contrat signé par Jean Conrard (6) est valable deux ans.

En 1434, le meunier de Bayerel se nomme Peterman (7) d’Engollon, lequel doit vingt hémines (8) de froment, ainsi qu’un muid et demi de la même céréale; quant à Jaquet Ravette, il livre deux porcs (9). Jaquemé Magnin (10) loue le moulin pour neuf muids et demi de froment de 1486 à 1489. Celui-ci amodie le site avec Pierre Dessoulavy de Fenin pour une période de trois ans, mais la redevance est montée à onze muids et seize hémines.

Le second nommé doit donné encore six pourceaux et il apparaît à cette époque qu’il y aurait déjà deux installations de meunerie à Bayerel.

Dès 1506, la collégiale de Valangin est dédicacée à saint Pierre par Aimé de Montfaucon, évêque de Lausanne. La création du chapitre (11) de Valangin, soit six chanoines et un prévôt, par Claude d’Aarberg et Guillemette de Vergy, conduit les souverains à doter l’institution de revenus dont font partie la redevance annuelle du moulin de Bayerel et la dîme de Saules.

Pendant une trentaine d’année, avant que la Réforme ne vienne supprimer cette petite congrégation, le tenancier de Bayerel paie ses redevances aux hommes d’Eglise. Il s’agissait de cinq muids de froment par année.

(1) AEN, Recette de Valangin K.18, n° 24, f° 4 v.
(2) AEN, Recette de Valangin K.18, n° 24, f° 54.
(3) Les comptes sont tenus en livres de vingt sous de chacun douze deniers.
(4) Ici il s’agit d’une mesure de poids.
(5) Le muid équivaut à 365,62 litres ou 380 litres pour les matières sèches.
(6) AEN, Recette de Valangin K.18, n° 24, f° 70.
(7) AEN, Recette de Valangin, vol. 155, f° 38.
(8) L’hémine représente un vingt-quatrième de muid.
(9) AEN, Recette de Valangin, vol. 155, f° 53.
(10) AEN, Recette de Valangin, vol. 155, f° 210 v.
(11) Chapitre: ensemble des chanoines.

Dans les reconnaissances de Valangin et Fenin, établies par Junod (12), on lit :
Quand (sic) au moulin de Baÿerel Il soulloit estre de chappitre, et maintenant reduict entre les mains de Mondict Seigneur et peult valoir en admodiacion cinq muyds de froment. Mais le pouvoir temporel ne va pas garder ce bien très longtemps.

Le 27 mars 1553, Pierre Gautier, secrétaire de René de Challant (1503/1504-1565), est chargé par son souverain de trouver la somme de deux milles écus qui serviront aux frais du mariage de Philiberte, fille aînée de René. Celle-ci épouse vers 1558 Joseph, comte de Torniel.

C’est ainsi que Gautier vend à Hugues Clerc (13), fils de Jean Vulpe alias Clerc, secrétaire et truchement [traducteur] du Roi auprès des Ligues suisses, le moulin de Bayerel avec l’usage de l’eau, ainsi que la dîme de Saules à percevoir annuellement sur les terres et possessions que le chapitre prélevait déjà par le passé. Le montant de la transaction s’élève à la somme de 500 écus d’or, soit le quart du montant à trouver.

Le document de vente porte le sceau de cire rouge de René, les seings manuels de Blaise Junod, receveur de Valangin, et de Pierre Gautier déjà cité. Le droit de rachat était maintenu si le comte se ravisait. Néanmoins, après le décès de René en 1565, Jean-Frédéric de Madrutz, son autre beau-fils, et sa fille Isabelle accordent à Hugues Clerc la cession de ce droit pour le prix de trois cents écus pistolets. Le document est daté du 8 mars 1573 (14).

Selon une minute du notaire Pierre Favre (15), datée du 29 avril 1622, Hugues et Abraham Clerc, tous fils d’Abraham, amodient à Jean l’un de leurs frères et à Henri Bourgeois, leur oncle, divers biens dont quatre rouages, deux moulins, une raisse et une rebatte à Bayerel… Cette phrase anodine permet de détailler l’équipement du lieu. Les quatre roues mues par l’eau du bief entraînent deux meules pour moudre les céréales, une scie-cadre pour débiter des planches et mettent en marche une rebatte, soit un dispositif qui écrase les fruits, les faînes, les glands, le chanvre, etc.

Des travaux doivent avoir été effectués en 1641 (16), mais même la prononciation à l’amiable devant notaire n’est très claire. Il s’agissait de construire entre autres un mur fait de quartiers de pierres autour des engins de la raisse et de la rebatte, ainsi qu’une muraille au nord qui était tombée. Jean Clerc, propriétaire, dit que les travaux n’ont pas été faits, les descendants de Siméon Besson prétendent le contraire et affirment que ceux-ci ont été réalisés lors de l’amodiation précédente. La sentence des arbitres nuance les deux points de vue. Qu’à cela ne tienne, on revient sur le sujet l’année suivante.

(12) Chez Junod, au milieu du XVIe siècle, on recense les moulins suivants : le moulin devant le bourg de Valangin (entre les mains des enfants de feu Antoine Quinche), les moulins de la Saulge [Sorge] (tenus par Guillaume fils de feu Petremand Perret), le moulin de la Borcarderie (Pierre fils de Jean Besson), le moulin sous Engollon (Lienhard Maridor de Fenin), le moulin du Petit Savagnier (Andrey Gallon de Savagnier) et les deux moulin de Villiers (tenus par les héritiers de feu Antoine Paillard). Avec le moulin de Bayerel, on en compte donc neuf.
(13) Il s’agit de la famille des constructeurs du château de Fenin, édifié en 1561.
(14) AEN, Cours d’eau, lacs et usines, dossier n° 4 : les documents y figurent sous la forme d’une copie de 1721, exécutée par Leschot, notaire. On les retrouve dans les reconnaissances de David et David Girard, oncle et neveu, déposés aux AEN ainsi qu’aux Archives communales de Fenin, Vilars, Saules.
(15) AEN, Pierre Favre, notaire, 5e minutaire.
(16) AEN, Salomon Vuilliomier, notaire, minutaire 1641/46.

Le 25 février 1642 (17), le représentant de Pierre, fils de feu Siméon Besson, meunier, commande des travaux au charpentier Abraham Lorimier. Celui-ci s’engage à refaire la ramure aux moulins de Bayerel : les pannes, les folières, les colondes (colonnes, poutres soutenant une galerie), les chevrons, les tras (solives, poutres horizontales) et les [em]brassures. Le propriétaire nourrit et loge les ouvriers, fournit le bois, paie vingt doublons et huit hémines de graines de mouture.

Le 13 juin 1644, Pierre et Jacques, ffeu (18) Siméon Besson, d’Engollon se partagent les biens paternels en indivision. Le premier nommé obtient la maison gesant lieudit a Bayerel proche des moullins dudit Bayerel.

Le 2 novembre 1664 (19), les environs du moulin font l’objet d’une controverse entre la commune de Saules et les meuniers de Bayerel au sujet d’un jardin enclavé que les deux parties revendiquent. Une commission d’arbitrage, formée d’Henri Tribolet-Hardy, maire de Valangin, Jean de Momtmollin, receveur, Pierre Favre et Jonas Maridor, conseillers et justiciers à Valangin statue : la commune doit procéder à un échange de terrains. Cette parcelle doit rester ouverte aux chars et au bétail, sauf le jardin et les pruniers.

En 1663 (20), Jacques Besson, meunier, demande à Antoine Soguel le Jeune, forgeron à Cernier, d’entretenir les marteaux. Quelques années plus tard, il s’engage à fabriquer un fer de la raisse qui scie les carrels (poutres) à Bayerel ; à cette époque, soit en 1667 (21), l’installation est entre les mains d’Abram Billon d’Engollon.

En 1695, dans les reconnaissances de biens des commissaires Girard (22), comparaissent Jeanne, ffeu Jean Besson, veuve de David Clerc, lui-même fils de Jean, ffeu Abram, ffeu Abram Clerc dit Vulpe qui était fils d’Hugues, ffeu Jean Clerc de Fenin, bourgeois de Valangin, secrétaire et premier truchement du Roi de France au pays des Ligues, qui était encore fils de Jean, ffeu Jacques ffeu Jean Clerc alias Audanger, de Fenin, assistée & autorisée d’honorable et prudent sieur Samuel Meuron, procureur de Valangin.

Le 19 mars 1695, Jeanne reconnaît la part qui appartenait à son défunt mari sur le moulin de Bayerel dont l’autre moitié avait déjà été reconnue par le capitaine Pierre de Thielle.

Le 14 janvier 1700 (23), Henri Besson d’Engollon, bourgeois et conseiller de Valangin, Jeanne Besson, veuve de David Clerc de Fenin jadis justicier, et Abram Cuenin dit Vougeux amodient à Abraham Reymond de Saint-Sulpice, alors meunier à La Borcarderie, leur mulin de Bayeréz, raisse et batoir et jardin cour d’eau aux mêmes conditions que David Matthey, le locataire précédent, pour une durée de six ans.

(17) AEN, Pierre Favre, notaire, 22e minutaire, fol.
(18) Fils du défunt.
(19) Pierre Favre, notaire, 47e minutaire.
(20) AEN, Elie Soguel, notaire, 18e minutaire.
(21) AEN, Elie Soguel, notaire, 22e minutaire.
(22) AEN, Reconnaissances, vol. 42 ou Archives de FVS, vol. I, p. 101.
(23) AEN, Abram Veuve, notaire, 4e vol.

En 1720 (24), le tuteur d’Abraham ffeu David Besson d’Engollon, vend au représentant de Samuel ffeu Jean Besson, d’Engollon, demeurant actuellement dans les terres de Montbéliard, le tiers de la place, moulins, raisse, rebatte, rouages, tous bâtiments, droits et cours d’eau de Bayerel, part qu’Abraham tient de son père. Un tiers appartient à Daniel Cuenin dit Vougeux et le deuxième tiers à l’acheteur. Le prix de la transaction se monte à 3000 livres.

Le 11 janvier 1736 (25), David Bazin, docteur en médecine, membre du Grand Conseil de Neuchâtel, cède par échange à Noble Balthazar Wallier, conseiller d’Etat de Soleure, ainsi qu’aux frères et sœurs de ce dernier, le tiers du moulin de Bayerel au Val-de-Ruz, obtenu en vertu d’un arrêt du Conseil d’Etat, le 9 janvier 1736, ainsi que d’autres biens, en échange d’une maison au Landeron.

Le même jour, chez le même notaire (26), cette part est vendue à Marguerite Favre, veuve de Samuel Besson, bourgeois de Valangin, communier d’Engollon, agissant en qualité de procureur de ses enfants qui possèdent déjà les deux autres tiers.

Le problème de l’accès par les véhicules impose l’entretien d’un pont, mais à la charge du propriétaire. En 1738, Savagnier offre un pied de bois pour l’aider à construire un pont.

En effet, par Engollon ou par le moulin Chollet, les habitants du côté Nord du Val-de-Ruz peuvent se rendre à Neuchâtel et tout particulièrement à la fin du XVIIIe siècle lorsque la route neuve passe par Savagnier, Saules, Vilars, Fenin, pour se rendre au chef-lieu. En 1840, Jean-David Bourquin, propriétaire du moulin, expose que la rivière se divise en deux bras : sur l’un existe un petit pont de pierre entretenu par ses soins ; sur l’autre, un pont de bois qui tombe en ruine dont personne ne veut assumer les frais, pas même le Conseil d’Etat.

On envoie Charles-Henri Junod, directeur des Ponts et Chaussées, qui pose les bases d’une convention visant à laisser Bourquin reconstruire le pont en chêne, avec un chevalet au milieu de la rivière, trois sablières et cinq sommiers, deux parapets, un plancher d’éplateaux en chêne ou en sapin. Celui-ci accepte de l’entretenir sous réserve que l’Etat paie une fois pour toutes vingt louis après l’achèvement de l’ouvrage (27).

(24) AEN, Pierre Leschot, notaire, vol. 5 f° 194.
(25) AEN Jacques-Charles Brochatton, notaire, vol. I.
(26) Ibidem, p.
(27) AEN, Manuels du Conseil d’Etat, vol. 198, pp. 197, 527, 619.

Le 6 juin 1742, un incendie détruit le moulin de Bayerel : une maison, deux moulins, une scierie et un battoir sont la proie des flammes. Le propriétaire, Jérôme Crispin, receveur au péage du Pont de Thielle, présente une attestation fournie le lendemain du sinistre par la commune de Fenin Vilars Saules, homologuée par la justice(28). Avec ce document, il recherche de l’argent pour reconstruire. Jonas Hirzel, son amodiateur, en fait de même car il a perdu tous ses effets, ses meubles, ses papiers.

De plus trois pierres de moulin ont été cassées par les effets de la chaleur. La perte est évaluée à 2000 livres. Les communes de la principauté offrent des sommes d’argent ou des dons en nature. Bevaix, Saint-Blaise, Auvernier et diverses communautés du Val-de-Ruz allouent un montant aux deux victimes. Savagnier et Valangin proposent du bois à couper dans leurs forêts.

Le feu est un des fléaux les plus fréquents dans les moulins, ainsi Jonas-Pierre Vuillemier, propriétaire du site, en fait la cruelle expérience en avril 1784 (29).

Le 14 février 1794, Vuillemier et son épouse Suzanne-Marguerite Challandes vendent Bayerel à Jean-Henri fils de feu l’ancien Jean-Jacques Desaules, de Fenin (30). En 1821, ce dernier le remet à Samuel Ruchti, de Goldiwil, bailliage de Thoune (BE) pour un montant de 8400 livres (31). La description dans l’acte de vente atteste la présence d’une maison, d’un moulin, d’une scierie attenante, de rouages, d’engins et d’un cours d’eau, le tout situé à Bayerel, avec un closelet (petit verger) et un jardin attenant.

(25) AEN Jacques-Charles Brochatton, notaire, vol. I.
(26) Ibidem, p.
(27) AEN, Manuels du Conseil d’Etat, vol. 198, pp. 197, 527, 619.
(28) AEN, Justice de Valangin, registre civil, 1742-43.
(29) Archives de Fenin, Vilars, Saules, Journal de commune, p.237.
(30) AEN, Perret, notaire, acte d’échange du 14 février 1794.
(31) AEN, J.-A. Perret, notaire, vol I, p.156.